Conseils locaux de santé mentale : « le chaînon manquant » de l'insertion

Le Nord-Pas-de-Calais compte huit conseils locaux de santé mentale opérationnels. Des plateformes de concertation et de coordination destinées à favoriser l'insertion des personnes vivant avec des troubles mentaux. Le Centre collaborateur de l'OMS en santé mentale vient de dresser un état des lieux de ces CLSM.

Le nombre de conseils locaux de santé mentale (CLSM) est passé de 35 en 2010 à plus de 125 en 2015. Et 60 à 70 autres sont en projet. C’est la preuve qu’ils répondent à un besoin, souligne le Centre collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS), situé à Lille, dans l’état des lieux des CLSM qu’il vient de publier. Ces « plateformes de concertation et de coordination » entre les élus locaux du territoire et le service de psychiatrie publique d’une commune ou, de plus en plus, d’un groupe de communes sont pourtant assez mal connues. Leur but, indique le CCOMS : « définir en commun des politiques locales et des actions à entreprendre pour l'amélioration de la santé mentale de la population concernée », toujours en lien avec les usagers. Les plans de santé mentale ont incité ces acteurs à en mettre en place et la loi de santé (article 13) devrait leur donner plus de poids. Ils associent aussi selon les conseils le CCAS, le conseil départemental, l’ARS, des structures médicosociales, etc.

Implantation territoriale

La répartition territoriale des CLSM est très hétérogène : certaines régions comme Rhône-Alpes ou l’Ile-de-France en comptent plus de 15 alors que d’autres régions (Centre, Aquitaine, Auvergne, Picardie) n’en ont aucun. Pauline Guézennec, chargée de mission au CCOSM, souligne la forte corrélation entre la pré-existence d’un Atelier santé ville et la création d’un CLSM. Ces ateliers, qui fédéraient déjà les acteurs de la santé au plan local, ont souvent impulsé la dynamique collective autour des questions de santé mentale. Les CLSM plus récents sont davantage adossés à un contrat local de santé.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, huit conseils locaux fonctionnent, à Lille, Armentières, Dunkerque, Roubaix, Tourcoing, Maubeuge, sur le territoire de Lens, Liévin et Hénin-Beaumont ainsi que sur celui de Mons-en-Baroeul, Hellemmes, Ronchin, Faches-Thumesnil et Lezennes. Le soutien financier de l’ARS du Nord-Pas-de-Calais pour le financement de temps de coordination, en 2013 et 2014, a encouragé les initiatives, observe Pauline Guézennec. Un point important à côté de deux autres facteurs essentiels de succès d’une démarche de CLSM, estime-t-elle : la volonté politique locale (puisque le conseil est présidé par un élu) et la participation active du secteur de psychiatrie.

Habitat

L’Association intercommunale Santé, santé mentale et citoyenneté, qui porte le CLSM de Mons-en-Baroeul, Hellemmes, Ronchin, Faches-Thumesnil et Lezennes, a été créée en 2010. Elle fait vivre le contrat local de santé dans lequel est intégré le CLSM, explique sa coordinatrice, Emmanuelle Provost. Comme 75% des conseils, celui de Mons comporte un pôle « habitat », qui conclut des conventions avec des bailleurs sociaux afin de faciliter l’accès au logement des personnes suivies pour des troubles mentaux. Cette action concerne 35 personnes dans ce CLSM. Une mission essentielle pour éviter la désocialisation des personnes et les ruptures dans leur parcours de soins. Certains conseils locaux, note Pauline Guézennec, sont à l’origine de la création de résidences ou de foyers-logements ou encore de services d’aide à la vie sociale spécialisés qui facilitent le maintien dans le logement.

Comme 35% des CLSM, « nous avons aussi un pôle culture qui gère un fonds d’art contemporain qui rassemble 650 œuvres de professionnels et d’amateurs, usagers ou pas », ajoute Emmanuelle Provost. Le conseil organise des expositions dans lesquelles la dimension de santé mentale est gommée et, en lien, des ateliers de pratiques artistiques ouverts à tous, dans des lieux ouverts et publics, qui contribuent à lutter contre la stigmatisation des personnes atteintes de troubles psychiatriques. Idem dans les ateliers « mieux-être » proposés tout au long de l’année dans les centres sociaux, les médiathèques et autres salles municipales et qui mêlent usagers et non-usagers, y compris à la tribune, autour de thèmes fédérateurs (sommeil, déprime ou dépression, estime de soi, etc.).

Situations complexes

La plupart des CLSM s’impliquent dans l’information et la prévention, notamment lors des semaines de la santé mentale mais aussi par d’autres biais. Au conseil de Mons et alentours, des actions de sensibilisation sur le suicide sont ainsi organisées. Pendant trois jours, un binôme de professionnels de l’EPSM forme les agents ou les bénévoles qui sont en contact avec le public. Ailleurs, les formations peuvent aussi porter sur le secret partagé, les soins sans consentement ou se traduire par des stages croisés, indique la chargée de mission du CCOSM…

Le conseil a aussi mis en place une cellule de ressources pour les situations individuelles complexes, que l’on retrouve dans 80% des CLSM. Les élus, les professionnels ou les bénévoles peuvent y présenter une situation qui leur pose problème et en discuter avec les professionnels membres du conseil ou d’autres invités pour l’occasion, en associant, le plus souvent possible la personne concernée. « Cette cellule apporte une aide à la compréhension et à la résolution des situations complexes », remarque Emmanuelle Provost. Certains conseils mettent en place des protocoles de gestion des crises qui peuvent survenir dans les services municipaux ou une plateforme d’alerte et de prévention des troubles du voisinage associés à de possibles troubles psychiatriques, indique le rapport du CCOSM.

Participation des usagers

La participation des usagers est l’un des points importants du fonctionnement des CLSM. A Mons, observe la coordinatrice du conseil, elle est forte historiquement puisqu’un groupe d’entraide mutuelle a fait partie des fondateurs de l’association et qu’un deuxième en est devenu membre. Mais ce n’est pas le cas partout, indique Pauline Guézennec, même si cette participation progresse.

Les CLSM constituent en tout cas « le chaînon manquant de la sectorisation psychiatrique pour toutes les actions de prévention dans la cité », insiste le rapport du CCOSM. Il permet en effet aux professionnels du soin et aux pouvoirs publics locaux de s’engager et de coordonner leurs actions au profit de l’insertion des usagers dans la société.

Géraldine Langlois

 

Le CCOMS soutient les conseils locaux de santé mentale

Le Centre collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale peut accompagner les CLSM via son programme d’appui au développement de ces structures. Il diffuse sur son site des outils et guides de recommandations utiles à la création ou au fonctionnement de conseils locaux. Des interventions sur site peuvent être organisées pour présenter la « démarche CLSM » aux acteurs locaux. Le CCOSM peut aussi participer à des réunions de travail. Il apporte ainsi un soutien méthodologique. Il a également mis en place une formation destinée aux coordinateurs de CLSM.

 

 

Sources utiles
Recommandations pour la création d’un Conseil local de santé mentale
L’état des lieux sur les conseils locaux de santé mentale publié par le CCOMS
Vous aimerez aussi
Qu'en pensez-vous?
Scroll to Top