Huit villes dont Lille planchent sur l'alcool dans la nuit urbaine

La ville de Lille s'est engagée, avec sept autres, dans un projet sur la réduction des risques liés à la consommation d'alcool en ville, et notamment en soirée, piloté par les Forums français et européen de la sécurité urbaine (FFSU et EFUS). Il vise à imaginer les moyens de contenir la consommation d'alcool pour des raisons de santé et de sécurité publiques.

Les huit villes sur lesquelles porte le programme -Besançon, Bordeaux, Brest, Lille, Lorient, Marseille, Nantes et Paris- ont ceci de commun que les lieux de convivialité populaire (cafés, estaminets, cabarets...) s'y sont développés précocement et qu'elles associent une attractivité touristique et une vie étudiante importantes, explique Franck Hanoh, adjoint au maire de Lille chargé de la prévention de la délinquance, de la vie nocturne, de la sécurité et de la médiation. Toutes ces villes accueilleront aussi des matchs de l'Euro 2016 de football... Dès que l'appel à projet, soutenu la Mission interministérielle à la lutte contre les drogues et des conduites addictives (Mildeca), a été lancé, l'élu lillois a souhaité y inscrire la ville.

Visites

Le principe : chaque ville participante reçoit une délégation composée d'élus des autres villes, de membres de la Mildeca et du FFSU, experts en matière de vie nocturne. Lors de chaque déplacement, la délégation se rend en soirée dans les quartiers et lieux festifs. Les élus des villes participantes effectuent deux visites dans d'autres villes : ceux de Lille iront ainsi à Bordeaux et à Nantes. Il s'agit d'étudier la manière dont les villes font face aux problèmes liés notamment à l'alcoolisation massive des jeunes dans la ville, notamment au travers de leurs politiques « de la nuit » locales.

« Notre but, c'est de faire un état des lieux, une sorte de carte d'identité de chaque site sur les problématiques liées à l'alcool, l'axe principal, et à la vie nocturne », souligne Franck Hanoh. Face à l'alccolisation massive, il en attend par exemple une meilleure connaissance des pratiques afin de définir des messages préventifs qui ne soient « ni ringards ou ni normatifs, car c'est contre-productif », précise-t-il. L'élu attend aussi de cette étude des pistes pour travailler sur les ambiances et les temporalités de la nuit et des usages de consommation nocturnes. « Gérer une ville c'est s'assurer que ceux qui le souhaitent peuvent y faire la fête et que les autres puissent y dormir. Il faut que la fête soit belle mais aussi sécurisée. L'alcool fragilise en effet les publics nocturnes. »

Santé/sécurité

Le sujet de l'étude concerne donc à la fois la santé publique et la sécurité publique. Il fait écho à la Charte de la nocturne mise en place (de manière pionnière, note Franck Hanoh) en 2003 mais aussi au projet Noctalille, mis en place dans les secteurs festifs de Lille par la ville et La mutuelle des étudiants (LMDE). Il organise l'intervention d'étudiants qui vont le jeudi et le vendredi soir au-devant des jeunes qui sortent dans ces quartiers et leur parlent d'alcool, de drogue et de sexualité.

La visite de la délégation à Lille aura lieu le 24 mars 2016, un jeudi en période ordinaire, hors vacances scolaires. « Nous allons leur montrer la réalité telle qu'elle est, indique l'élu. Nous irons dans différents lieux festifs et à la rencontre de patrons de bars, de boites de nuit, des restaurants, afin de faire un panorama complet de la vie nocturne lilloise -qui se passe d'ailleurs plutôt bien. » L'ensemble des visites auront lieu avant la fin juin 2016, ajoute-t-il, puis un comité de pilotage sera constitué pour confronter les observations et réaliser une analyse comparée des villes et des mesures qui y sont prises. Une rencontre de restitution doit avoir lieu en septembre à Paris. « Je serai très friand d'un "benchmarking" », remarque Franck Hanoh, et de pistes de bonnes pratiques.

Before/after

A Lille, plusieurs dispositifs sont ou ont été testés. Récemment, la politique de dérogation sur les horaires de fermeture des bars de certains secteurs (3h tout les soirs au lieu de minuit en général, 1h le vendredi et le dimanche et 2h le samedi) a été revue d'une manière plus restrictive. Selon l'élu, cela aurait permis une baisse de la consommation d'alcool (dans ces lieux) les fins de semaine. Reste le cas des « before » et des « after » très arrosés, ajoute-t-il, au domicile des étudiants. Si la police peut intervenir sur le volet « sécurité publique » (tapage nocturne, risque d'effondrement...), la dimension santé publique de la consommation reste entière dans ces lieux privés.

Géraldine Langlois

Nous vous recommandons
Vous aimerez aussi
Qu'en pensez-vous?
Scroll to Top