Les conseillers médicaux en environnement intérieur traquent les effets nocifs de l’habitat

conseiller médical en environnement intérieur.

La région Nord-Pas-de-Calais compte six conseillers en environnement intérieur (CMEI) qui mènent sur prescription médicale des visites au domicile de personnes atteintes de pathologies respiratoires comme l’asthme ou les allergies. Ils les conseillent sur les mesures à mettre en œuvre et les orientent afin de les aider dans leurs démarches pour rendre leur habitat plus sain.

Air confiné, appareils de chauffage défectueux, bouches d’aération obturées, proches qui fument à l’intérieur, coins et recoins jamais nettoyés… l’environnement intérieur peut avoir des effets nocifs sur la santé. Soit parce qu’il favorise l’apparition de pathologies, notamment respiratoires, soit parce qu’il les aggrave. Les conseillers médicaux en environnement intérieur (CMEI) interviennent au domicile des personnes repérées par un médecin pour identifier les éventuels facteurs de risque liés à leur environnement intérieur et leur conseiller des mesures pour y remédier. Le point de départ est toujours la prescription d’un médecin, quel qu’il soit (pneumologue, allergologue, généraliste….), explique Corentin Job, CMEI dans la métropole lilloise, rattaché à l’Association pour la prévention atmosphérique (Appa Nord-Pas-de-Calais).

Asthme, allergies, etc.

Un grand nombre de patients concernés sont asthmatiques (55% des prescriptions). Les autres sont allergiques ou souffrent de rhinites, d’affections ORL à répétition, de conjonctivite ou d’eczéma. « Les médecins les interrogent en consultation sur leur environnement intérieur mais ils ne voient pas leur logement », souligne Emilie Hecquet, CMEI dans le même cadre. Or par pudeur ou par honte, les patients n’osent parfois pas évoquer l’état de leur logement. La visite d’un CMEI, sur demande du médecin, permet de mieux prendre en compte les facteurs environnementaux dans la prévention secondaire. « C’est un complément au diagnostic, observe la conseillère, et un moyen d’appuyer les conseils de prévention sur l’habitat ». Il est totalement gratuit pour les patients.

Les CMEI de la région procèdent selon un protocole commun. La demande du médecin est transmise à la plateforme régionale coordonnée par l’Appa, qui mandate celui des six CMEI de la région qui travaille sur le territoire du patient. Le conseiller contacte le patient par téléphone et s’assure qu’il accepte le principe de sa visite avant de prendre rendez-vous. Le jour J, la visite dure environ une heure et demie : après un moment d’échange sur le contexte d’apparition de la pathologie, le CMEI parcourt toutes les pièces du logement. Il observe, beaucoup, et il mesure la température des pièces, leur niveau d’humidité ainsi que celui des surfaces (murs, sols…), le niveau d’oxyde de carbone...

Conseils

« Je récapitule toujours à la fin de la visite et je priorise les conseils », explique Emilie Hecquet. Le problème le plus fréquent qu’elle rencontre dans les logements qu’elle visite concerne la ventilation et l’humidité : « la conscience de l’importance de la ventilation est peu répandue », ajoute-t-elle. La présence de polluants chimiques est également fréquente, ajoute Corentin Job, qu’ils soient issus de produits d’entretien ou de désodorisants. L’encombrement d’un logement et la présence de nids à acariens (moquettes, coussins, etc.) fait aussi souvent l’objet de recommandations. Parfois, des travaux sont nécessaires. En fonction des problèmes rencontrés, les CMEI délivrent des documents d’information sur place. Ensuite, ils rédigent un diagnostic réunissant leurs observations et leurs recommandations et qui est envoyé au patient, au médecin prescripteur et à son médecin généraliste si ce n’est pas lui qui a prescrit l’intervention. « Ils peuvent ainsi en rediscuter » lors d’une consultation ultérieure, soulignent les conseillers.

En aval, en amont

Certaines mesures sont plus faciles à mettre en œuvre que d’autres. Celles qui impliquent des dépenses se heurtent aux limites des capacités financières des patients ou, parfois, à des conflits de responsabilité entre locataire et propriétaire. Celles qui nécessitent un changement de comportement, comme l’arrêt de la consommation de tabac, n’en sont pas moins difficiles à appliquer...

La démarche ne prévoit pas pour le moment d’autre suivi mais l’Appa travaille à tisser des partenariats avec des relais susceptibles d’aider les patients visités à mettre en œuvre, en « aval » des visites à domicile, les préconisations formulées par le CMEI, explique Corinne Schadkowski, directrice de l’Appa Nord-Pas-de-Calais. Histoire par exemple de pouvoir orienter efficacement les patients parmi les nombreux dispositifs d’aide aux travaux dans l’habitat ou pour arrêter de fumer.

Un autre enjeu de cette action réside, en amont, dans la connaissance du dispositif par les médecins. L’Appa et l’union régionale des professionnels de santé médecins de la région Nord-Pas-de-Calais ont travaillé sur la communication auprès des praticiens, par un courrier envoyé à tous mais aussi lors de formations médicales et de contacts avec les « têtes de réseau » dans les filières de l’asthme et des maladies respiratoires, par exemple. Une démarche essentielle pour développer le réflexe de la prescription de la visite d’un CMEI au domicile des patients.

Géraldine Langlois

Environnement intérieur : une priorité précoce dans la région

Le Nord-Pas-de-Calais s’est engagé précocement dans le développement du conseil médical en environnement intérieur, indique Corinne Schadkowski. La région compte en effet le quart des logements potentiellement indignes, dont les caractéristiques constituent des risques pour la santé, comme l’a rappelé le dernier rapport sur le mal-logement publié le mois dernier par la Fondation Abbé Pierre (lire notre article "Le logement est une question de santé publique"). Le Conseil régional et l’ARS (précédemment la DRASS) ont investi cette thématique en finançant d’abord des structures qui ont développé l’activité de CMEI. Elle constitue l’une des priorités du Plan régional Santé environnement 2.

A la suite d’un bilan réalisé en 2012, le besoin d’harmoniser les pratiques et de les coordonner pour que l’ensemble du territoire soit couvert par les interventions des CMEI a émergé. L’Appa est ainsi devenue en 2013 la structure coordinatrice de la plateforme des CMEI de la région Nord-Pas-de-Calais. Elle tient à jour un tableau de bord riche d’enseignements. Depuis 2013, 967 visites ont été effectuées (329 en 2015) chez plus de 1000 patients et près de 5500 personnes ont été sensibilisées à la qualité de l’air et au rôle des CMEI. La région compte six conseillers qui dépendent de cinq structures différentes : un à Arras, un à Dunkerque, deux à Lille, un à Roubaix et un à Valenciennes. La Picardie compte quatre CMEI, de statuts divers.

Deux formations existent : une à Strasbourg et une à Marseille.

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