Directeur de caarud sur les planches : la prévention se fait théâtre d’intervention

Benoît Tryoen

Benoît Tryoen dirige une structure de prévention et de réduction des risques comprenant un centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogue (Caarud), à Faches-Thumesnil, tout en étant comédien en théâtre d’intervention. Portrait d’un homme dont la fibre sociale et l’expérience de terrain nourrissent la démarche théatrale, en mode prévention tous azimuts.

L'homme, en jean et baskets, porte en permanence deux casquettes : celle de directeur du conseil intercommunal de prévention de la délinquance (CIPD) de six communes du sud-est de Lille (Lesquin, Lezennes, Ronchin, Templemars, Vendeville, Wattignies) et celle de comédien. Lorsque benoît Tryoen met la première, il dirige une structure qui emploie 14 personnes et accueille des ados et jeunes adultes en rupture (service prévention), des usagers de drogues et des personnes souhaitant s’informer sur les addictions (point accueil/Caarud) et des victimes d’infractions pénales ou d’accidents de la circulation. Benoît TryoenLorsqu’il a la seconde casquette sur la tête, c’est-à-dire sept heures par semaine en moyenne, il est l’un des comédiens du service « théâtre d’intervention » du CIPD.

Casquettes

Depuis son enfance dans un quartier populaire de Lambersart (Nord), il a cultivé sa fibre sociale et son goût pour le théâtre. Sa mère engagée dans le centre social du quartier lui a transmis son intérêt pour l’autre et la nécessité de la solidarité. Son immersion dans la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), un mouvement d’éducation populaire très fort dans les années 1970 confirme sa sensibilité « sociale ». La découverte, à l’école, de Martin Luther King et de son « rêve » pour changer la société le marque profondément. Une affiche « I have a dream » avec le discours et le portrait du célèbre défenseur des droits civiques orne d’ailleurs un mur de son bureau. « Tous les progrès humains sont issus de rêves », souligne-t-il. Sa découverte du théâtre date du temps où, gamin, il fréquente le centre social de son quartier : « une révélation ».

Education populaire

Plus tard, Benoît Tryoen suit le cursus d’un IUT « carrières sociales » tout en se formant au métier de comédien. Il joue au sein du théâtre de l’Aventure, à Hem, dans la troupe du Réverbère, à Lambersart… Il entrevoit comment le théâtre peut s’inscrire dans la médiation culturelle voire la militance. En poste peu après dans un centre social, il met en place un atelier théâtre qui rencontre un grand succès : autour de cette activité se mettent en place un atelier menuiserie pour fabriquer les décors, un atelier couture pour confectionner les costumes, un atelier « sono »… Tout le monde s'y met.  Animateur socio-culturel au service Jeunesse de la ville de Fâches-Thumesnil, il mise encore sur le théâtre. Il devient responsable de la maison des jeunes au moment au début des années 1990, au moment où de nombreux  jeunes « se sont fait piéger » en fumant de l’héroïne. Peu à peu, son mode d’action théâtral s’oriente vers l’intervention, une démarche formalisée en 2004, tandis qu’il travaille avec le comédien Stéphane Van de Rosieren, l’un des fondateurs des Clowns de l’espoir. Le but : utiliser le théâtre pour « faire passer des messages » dans un objectif préventif. Pour Benoit Tryoen, cette démarche associe le regard, l’expérience du terrain et le vécu des personnes recnontrées. « Cela permet d’obtenir un effet miroir », estime-t-il, qui facilite l'expression et l’interaction.

Capable

Aujourd’hui « directeur (du CIPD), intervenant et comédien », il « joue » sur les deux tableaux. Il y met en scène dans son travail théâtral la réalité qu’il côtoie et y apporte son regard de professionnel impliqué. Ses interventions consistent en la présentation de saynètes qui ouvrent soit sur un débat, soit sur une série d’ateliers théâtre. Elles se déroulent dans des établissements scolaires, des médiathèques, lors de colloques, dans les stades de foot, des lieux de détention, sur les marchés… « Le théâtre est à tous, pour tous, insiste Benoit Tryoen. Il permet de mieux comprendre ce qui nous entoure, de travailler l’imagination, les sentiments, les rêves. Il montre que chacun est capable de créer, d’être à l’aise, et que le regard des autres ne tue pas. Cela apaise –et en cela c’est un moyen de prévention contre la violence, rend actif et moins vulnérable à la manipulation. »

Les interventions proposées portent sur la violence, les discriminations, le handicap, la prévention du suicide, du VIH mais aussi, souvent, sur les addictions et la réduction des risques, comme le métaphorique « Bon goût du sucre ».  « Dans l’addiction, tout est lié à une souffrance, explique le directeur-intervenant-comédien. Dans ce spectacle, une personne parle de son histoire de 5 ans à 21 ans. Ce récit mêle l’histoire de quatre personnes que j’ai rencontrées lors d’accompagnements en prison, dans la rue… Le premier baiser, la déception, l’envie de changer le monde, la rencontre avec la drogue… Je l’ai joué au moins 80 fois ! » La trame reste fixe mais il adapte le contenu en fonction du public : jeunes, grand public, professionnels… La « pièce » évoque aussi « ce qui neutralise le contrôle, comment le produit empêche de se confronter à la réalité, de penser », ajoute-t-il. Selon lui, les « messages » de prévention et de sensibilisation passent plus aisément après cette phase intermédiaire de miroir. Une fois que la « machine » est lancée, observe-il, « la parole se libère très facilement ».

Géraldine Langlois

Le CIPD organise le 12 mai 2016 ses 21e rencontres « Prévention et addictions »  à Vendeville.

Sources utiles
21e rencontres "Prévention et addiction" du CIPD
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