Vie affective et sexuelle des étudiants : pratiques et représentations | Hubsante – Promotion de la santé en Hauts-de-France

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L’âge d’entrée dans la sexualité active des étudiants n’est en rien spécifique à celle des autres jeunes. Les résultats des enquêtes menées sur la santé des étudiants (OVE, LMDE, EMEVIA ou encore EPICE) coïncident avec ceux des résultats d’enquêtes menées en population générale (Baromètre Santé INPES, enquête CSF). Ainsi, c’est autour de 17 ans que se situe l’âge médian au premier rapport sexuel pour les jeunes femmes comme pour les jeunes hommes, les données variant de quelques mois selon les sources disponibles.

Soulignons que l’entrée dans la sexualité des jeunes est corrélée avec leur investissement dans les études : les plus investis et ceux étant dans les filières les plus sélectives (dès le lycée) ont plus tendance à reporter leur premier rapport que les autres, à l’inverse des enquêtes montrent une précocité des rapports sexuels chez les jeunes non ou très faiblement diplômés (Choquet, 2005).

Parmi les étudiants, on constate également des disparités selon leur lieu de résidence : ne plus vivre chez ses parents offre davantage la possibilité de vivre une vie affective et sexuelle pour les jeunes (sept jeunes décohabitants sur dix ont déjà eu un rapport sexuel contre six sur dix parmi ceux habitant encore chez leurs parents, LMDE, 2012).

La lecture des enquêtes montre par ailleurs que les étudiantes sont plus nombreuses à déclarer des relations amoureuses que les étudiants, ces derniers déclarants plus de partenaires (Epice, 2010), ce que l’on retrouve aussi en population générale.

Jeunes femmes et jeunes hommes n’ont donc pas le même regard sur leur histoire : comme dans le reste de la population, les représentations sociales des étudiants sur la sexualité continuent de se structurer autour d’un clivage qui oppose une sexualité féminine, envisagée dans un cadre affectif et conjugal, à une sexualité masculine qui renvoie à des besoins sexuels (Bajos, Bozon, 2008).

L’entrée dans la sexualité, une norme contraceptive très marquée…

Le modèle contraceptif demeure très normatif en France et apparaît peu flexible, notamment pour les plus jeunes : préservatif en début de vie sexuelle, pilule dès que la vie sexuelle se stabilise et recours au stérilet quand les couples ont eu les enfants qu’ils désiraient (Amsellem-Mainguy, 2010). Les indicateurs liés à l’entrée dans la sexualité et à la contraception témoignent d’une utilisation élevée du préservatif lors du premier rapport sexuel et d’une bonne couverture contraceptive chez les jeunes femmes en général et chez les étudiantes en particulier.

Quels usages de la contraception par les étudiant.e.s aujourd’hui ?

En France, l’offre de contraceptifs féminins ne cesse de s’étendre : il existe trois types de pilules, un stérilet devenu plus efficace et moins contraignant, mais aussi un préservatif féminin (dont l’accès est censé être facilité) ; et, depuis les années 2000, des méthodes de contraception hormonales alternatives à la pilule se sont diffusées au point d’être utilisées par 4 % des femmes en 2010 (parmi elles, l’implant est la méthode la plus utilisée, devant l’anneau et le patch).

De ce fait, toute femme sexuellement active en capacité de procréer, si elle ne désire pas d’enfant, devrait utiliser une méthode adaptée notamment à son âge et à ses pratiques sexuelles.

La pilule reste aujourd’hui la méthode de contraception la plus utilisée en France, 46% des étudiantes sexuellement actives déclarent l’utiliser (30% avec un préservatif) (LMDE 2012). Le déclin de la pilule chez les 20-24 ans constaté dans l’enquête Fécond 2010, entre 2000 et 2010, est moins marqué chez les femmes les plus diplômées, plus enclines à adhérer aux « discours écologiques » (-5,1 % chez les titulaires d’un diplôme supérieur au bac contre -12,9 % chez les autres).

Une vie étudiante marquée par des périodes de transition, propices à l’arrêt de la contraception

Les jeunes femmes vivant dans une situation financière difficile peinent à s’engager dans une démarche contraceptive (Fécond 2010).

Au début des années 2000, les différences sociales portaient principalement sur le type de pilule utilisé, les femmes de milieux favorisés se voyant plus souvent que les autres prescrire les pilules de 3e génération (alors non remboursées).

Aujourd’hui, si des inégalités sociales subsistent, c’est dans l’accès même à la contraception : les femmes confrontées à une situation financière difficile, peu ou pas diplômées, ou vivant en milieu rural, n’utilisent pas de contraception plus fréquemment que les autres.

Du côté des étudiantes, les bénéficiaires d’une complémentaire santé utilisent plus souvent la pilule seule comme moyen de contraception que les étudiantes sans couverture santé (48% contre 42%) et moins souvent le préservatif masculin (15% contre 22%) (LMDE 2012).

Les parcours de vie des étudiants sont marqués par des périodes de transition : étude/emploi, logement (aller-retour chez les parents), absence de médecin traitant à proximité.

À la précarité socio-économique des étudiants s’ajoute une vie affective et sexuelle marquée par des changements de partenaires, de contraception et de protection.

Dans ce contexte, entre 36% (Emevia) et 43% (Lmde) des étudiantes déclarent avoir déjà eu recours à une contraception d’urgence (c’est le cas de 11% des 15-29 ans, Baromètre Santé 2010) : 18% à cause d’un accident de préservatif, 14% à cause d’un oubli de pilule et 10% en raison d’une absence de contraceptif lors d’un rapport (Emevia 2011), parmi elles seules 2% se sont procuré la contraception d’urgence en médecine préventive de l’établissement contre 94% en pharmacie (Lmde).

Enfin, 3% des étudiantes ont déclaré avoir déjà eu recours à une interruption volontaire de grossesse (données identiques : LMDE 2012, EMEVIA 2011). En matière d’information, les étudiantes se déclarant les mieux informées sont celles qui ont le plus recours à la contraception d’urgence. A l’inverse, celles qui se considèrent mal informées sont plus nombreuses à avoir recours à l’IVG (LMDE 2012).

Un suivi médical loin d’être optimal

Selon EMEVIA, une étudiante sur deux consulte un professionnel de la santé pour effectuer un bilan gynécologique chaque année.

Et d’après la LMDE, seules 53 % des étudiantes ayant eu des rapports sexuels ont déjà effectué un frottis vaginal.

Les consultations gynécologiques, en particulier pour la demande de contraceptifs, occupent une place importante dans l’activité de soins des Sumpps. Sans doute les difficultés financières pour accéder à l’offre de soins libérale contribuent-elles à expliquer cette situation. A ces facteurs s’ajoute la complexité du parcours de soins pour les étudiants.

En particulier, le choix du médecin traitant peut être difficile lorsque l’étudiant a quitté le domicile familial mais rentre régulièrement dans sa famille ou qu’il est amené à changer fréquemment de lieu d’études (Kerdraon, Procaccia, 2013).

Une utilisation du préservatif qui recule avec la mise en couple

S’ils déclarent massivement avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport, en revanche,  les étudiants ne sont plus que 57% à en avoir utilisé un lors de leur dernier rapport (LMDE 2013).

Ils justifient cet abandon par le fait qu’ils aient réalisé un test de dépistage, ainsi que leur partenaire. Ils déclarent également avoir confiance en leur partenaire, et dans une moindre mesure, ne pas se sentir concernés par le risque de contamination  (EPICE).

Selon l’enquête de la LMDE, les étudiants apparaissent comme une population se protégeant plutôt bien, avec 78% des étudiants sexuellement actifs déclarant utiliser systématiquement un préservatif lors de relations sexuelles avec un nouveau partenaire (contre 88% chez les jeunes en général (Moisy, 2013).

Le recours au préservatif est lié à la dimension récente de la relation avec le partenaire, puisque la part des rapports non protégés augmente passés six mois de relation (KABP). La mise en couple, avec la confiance envers le partenaire, la réalisation d’un dépistage et donc l’exclusivité supposée, semble avoir raison de l’utilisation de moyen de protection.

Un sentiment d’être bien informés sur les infections sexuellement transmissibles, des informations pourtant erronées

En 2010, 88% des 15-30 ans se disent bien informés sur le sida, et ils sont 64% à s’estimer bien informés sur les IST. Un sentiment qui progresse depuis 2000 (Baromètre Inpes 2010).

Parmi les étudiants, près de 89% s’estiment bien informés sur le VIH/sida et les IST  (LMDE 2013).

Mais toutes les IST n’ont pas la même « notoriété », les hépatites, l’herpès, la syphilis et les mycoses sont les plus citées par les étudiants  (EPICE).

Le sentiment d’information apparaît plus élevé parmi les jeunes ayant bénéficié d’informations dans le cadre scolaire  (Ifop 2013), et le niveau de connaissance progresse avec le niveau de diplôme (KABP). Les jeunes étudiants apparaissent donc avantagés par rapport à des jeunes ayant quitté le système scolaire tôt.

Mais selon l’enquête KABP, le niveau de connaissance des modes certains de transmission baisse chez les moins de 30 ans. Parmi les étudiants, 14% pensent pouvoir être contaminés par une piqûre de moustique.

Des idées reçues sur les modes de transmission persistent et les modes de protection sont aussi l’objet de fausses idées. Ainsi, 12% des étudiants pensent être protégés en pratiquant uniquement la fellation ou le cunnilingus et 11% en restant fidèles à leur partenaire  (LMDE 2013). La banalisation du VIH/sida, aujourd’hui perçu comme une maladie chronique, aboutit à un désintéressement et une « érosion des connaissances » la concernant  (Amsellem-Mainguy 2013).

Un faible recours au dépistage, souvent préventif

Le dépistage au cours de la vie et au cours des douze derniers mois est en hausse.

Si les 31-44 ans, ayant commencé leur vie sexuelle avec l’apparition du sida, sont plus nombreux à s’être déjà faits dépistés au cours de leur vie, les jeunes de 18-30 ans sont plus nombreux à s’être fait dépister au cours des douze derniers mois (KABP).

Parmi la population étudiante, seulement la moitié des étudiants sexuellement actifs ont déjà réalisé un dépistage. Il s’agissait d’un test VIH/sida dans 45% des cas, les hépatites B et C pour 25% et 19%, les IST concernant 20% des tests réalisés (Emevia 2013).

Le recours au dépistage chez les étudiants s’inscrit principalement dans un contexte préventif, afin de pouvoir avoir des relations sans se protéger pour la majorité (EPICE).

Violences sexuelles

On estime à environ 2% les étudiants ayant subi des violences sexuelles (Emevia, Usem), les étudiantes étant plus concernées que les étudiants.

L’enquête EPICE distingue ces violences selon leur gravité : 15% des étudiants auraient subi à une ou plusieurs reprises des gestes sexuels imposés (baiser, caresse, déshabillage…), près de 5% des attouchements sexuels, 5% des tentatives de rapports forcés, et près de 1% des rapports forcés.

Les effectifs étant faibles et ces actes n’étant probablement pas tous rapportés, ces données sont à considérer avec précaution.

Comme en population générale, les femmes sont plus concernées par ces violences, commises majoritairement par des agresseurs connus des victimes (conjoint, ex-conjoint, ami ou membre de la famille).

Références Bibliographiques

Yaëlle Amsellem-Mainguy, chargée de recherche à l’Injep, Célia Yvon, chargée de mission à l’Injep

Amsellem-Mainguy Y, Le VIH/sida chez les jeunes : idées fausses toujours tenaces et érosion relative des connaissances,  Jeunesses : Etudes et Synthèses n°17, Injep, novembre 2013

Bajos N., Bohet A., Le Guen M., Moreau C., équipe Fécond, 2012, « La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ? », Population & sociétés, n°492, septembre 2012

Bajos S N., Bozon M. Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé. Paris : La Découverte, 2008

Beck F, Richard J-B, Les comportements de santé des jeunes, Analyses du Baromètre santé 2010, Inpes, mai 2013

Beltzer N, Saboni L, Sauvage C, Sommen C, et l’équipe KABP. Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/sida en Île-de-France en 2010. ORS Ile-de-France, 2011.

Brown E, Lebeaupin F, Andro A, EPICE: Enquête sur la prévention des IST et la contraception chez les étudiantes et les étudiants. Université Paris I Panthéon – Sorbonne / IDUP, juin 2010.

Choquet, C. Hassler, D. Morin, Santé des 14-20ans de la protection judiciaire de la jeunesse (secteur public),sept ans après, 2005, INSERM

La santé des étudiants, Enquête nationale Conditions de vie des étudiants 2013, Observatoire national de la Vie Etudiante (OVE)

La santé des étudiants en 2011, 7ème enquête nationale, Emevia

La sexualité des étudiants en 2013, 8ème enquête nationale, Emevia / Institut CSA

Les jeunes et l’information sur le VIH/sida, Ifop / Maximiles pour Sidaction et ELCS, novembre 2013

Moisy Muriel, 2013, « Les jeunes conjuguent bonne santé et comportements à risque », France, portrait social 2013, INSEE, pp.79-90

Santé et conditions de vie des étudiants, Enquête nationale et synthèses régionales 2011-2012, LMDE, avril 2012

Kerdraon R., Procaccia C., 2012, Rapport d’information au nom de la commission des affaires sociales par le GT de la sécurité sociale et la santé des étudiants, Sénat, rapport n°221, 12 décembre 2012.

Yvon C, 1er décembre 2012, Journée mondiale de lutte contre le sida, Enquête sur les connaissances et les comportements des jeunes, LMDE, 2013