L'entretien motivationnel, l'ami du changement de comportement | Hubsante – Promotion de la santé en Nord Pas de Calais

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Dire ou savoir ce qu’il faut faire (ou ne pas faire) pour être en bonne ou meilleure santé ne suffit pas souvent pour induire un changement de comportement. L’entretien motivationnel permet de contourner l’obstacle en prenant appui sur la motivation des personnes. Dorothée Lecallier, addictologue est venue à Lille récemment présenter cet outil.

L’entretien motivationnel est un « style de conversation collaboratif » qui vise à éveiller la motivation des personnes à adopter un changement de comportement et qui prend appui sur cette motivation pour les  accompagner dans la voie choisie. Dorothée Lecallier, médecin addictologue responsable de la post-cure à la Clinique des Épinettes, à Paris, et présidente d’honneur de l’Association francophone de diffusion de l’entretien motivationnel (Afdem), a présenté cet outil à Lille lors de la dernière semaine régionale de mobilisation face aux cancers. Il a en effet radicalement modifié sa pratique face aux patients qu’elle rencontre. Il peut être utilisé par« toutes les personnes légitimes pour proposer un changement de comportement en matière de santé », souligne l’addictologue : médecins, infirmiers, psychologues, sages-femmes, éducateurs…

Partir de la personne

Il consiste à s’appuyer tout d’abord sur les ressources du patient, explique Dorothée Lecallier, sur ce qu’ils savent eux et sur leur motivation. Pas sur les convictions ou les connaissances du professionnel. « Nous sommes dépositaires d’une connaissance scientifique, poursuit-elle. Nous savons ce que les personnes devaient faire mais il ne suffit pas de leur dire d’arrêter (de consommer un produit ou un comportement, NDLR) pour qu’ils arrêtent. Nous non plus…Nous sommes souvent ambivalents face au changement. » Les arguments rationnels n’y changent pas grand-chose.

Le professionnel commence donc généralement l’entretien en demandant au patient ce qu’il connaît du sujet. Les patients savent en effet beaucoup de choses sur eux-mêmes et sur leur comportement, ils se posent des questions, réfléchissent… Ils ressentent par exemple les effets de leur consommation de tabac sur leur souffle ou leu goût, ils connaissent différentes façons d’arrêter de

fumer, les répercussions de leur pratique sur leur vie… Durant l’entretien motivationnel, le professionnel formé se base sur ces éléments pour faire prendre conscience au patient, de l’intérieur, de la nécessité d’un changement et faire naître la motivation de s’engager dans cette voie. Il peut ainsi demander au patient s’il souhaite qu’il lui fournisse davantage d’informations et si oui, il lui offre une information claire et objective. Il lui demande ensuite ce qu’il pense. Un échange très éloigné de la stigmatisation d’une pratique et de la prescription d’un changement…

Alliance thérapeutique

« Nous cherchons à créer une alliance thérapeutique avec le patient, explique Dorothée Lecallier. On prend donc le temps qu’il faut. » Le passage en force est écarté d’emblée. Le professionnel, formé, déjoue les éventuels écueils de la relation soignant-soigné peut travailler sur l’ambivalence du patient. « Le patient peut dire si le fait de changer de comportement lui paraît important, qu’elle confiance il s’accorde pour le mettre en place, poursuit le médecin. Cela peut durer plus ou moins longtemps selon que le patient a déjà travaillé sur sa motivation ou pas. »  Une fois la question de l’ambivalence résolue, médecin et patient peuvent abordent la phase de planification du changement.

« Il existe beaucoup de méta-analyses qui montrent  que l’entretien motivationnel favorise le changement de comportement dans de nombreux domaines », insiste Dorothée Lecallier. Et le médecin de citer l’addictologie, la tabacologie, bien sûr, mais aussi dans la prise en charge des pathologies dans lesquelles l’observance médicamenteuse est importante comme le diabète ou la séropositivité, par exemple.  

L’entretien motivationnel « change complètement ma position de médecin, insiste l’addictologue. Je suis passée d’une position dans laquelle je suis en devoir de poser un diagnostic et je prescris un changement de comportement en matière de santé à une position complètement différente : on travaille à deux, le patient et moi, comme des collaborateurs. »

 Géraldine Langlois

Le concept d’entretien motivationnel est né au début des années 1980 dans les pays anglophones. Ses concepteurs sont deux médecins, William R. Miller et Stephen Rollnick, psychologues et professeurs d’université aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui ont travaillé sur l’accompagnement du changement. « Il a été peu diffusé en France car toute la littérature sur ce sujet était en anglais », souligne Dorothée Lecallier qui s’emploie depuis une dizaine d’années, avec d’autres, à traduire les ouvrages qui paraissent à ce propos. L’Afdem prend le relai et organise des formations à la pratique de l’entretien motivationnel. Des formations très interactives, souligne Dorothée Lecallier, largement basées sur des mises en situation et des simulations d’entretiens qui permettent de « vivre de l’intérieur » les différents modes d’entretien. Pour le médecin, il est nécessaire « d’entretenir » la formation par une pratique régulière de l’entretien motivationnel car il implique un véritable changement de posture du professionnel. L’Afdem propose également son aide en matière de supervision.