Toilettes à l’école : la mobilisation nécessaire | Hubsante – Promotion de la santé en Nord Pas de Calais

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Beaucoup d’enfants n’utilisent pas les toilettes de l’école, du collège ou du lycée. Accès inadapté, hygiène insuffisante, inconfort des locaux, dégradations… les raisons sont multiples mais aboutissent à la survenue chez les enfants et les adolescents de problèmes de santé non négligeables. Qui méritent une véritable mobilisation de tous les acteurs.

Un tiers des élèves du secondaire ne vont pas aux toilettes dans les établissements scolaires qu’ils fréquentent. Ce chiffre issu du rapport 2013 de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS) illustre un problème de santé publique peu pris en compte. Les élèves qui se retiennent ainsi toute la journée sont en effet particulièrement exposés aux infections urinaires, à la constipation et aux maux de ventres…

Six fois par jour?

A l’hôpital pédiatrique Jeanne-de-Flandres, au CHRU, le Pr Rémi Besson, chirurgien pédiatrique spécialisé en urologie martèle un message auprès des enfants et adolescents qui consultent pour des infections urinaires fréquentes : il faut aller aux toilettes fréquemment et notamment uriner six fois par jour. Une fréquence loin d’être évidente pour les enfants et les jeunes qui passent une grande partie de la journée à l’école, au collège ou au lycée. « On me répond que c’est compliqué à l’école », témoigne le médecin.

Les raisons sont différentes selon les âges. Chez les plus petits, l’organisation de passages obligés aux toilettes de toute la classe au même moment ne convient pas à certains enfants, observe par exemple Catherine Boutté, secrétaire générale de la Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE). Mais en l’état actuel de l’encadrement en milieu scolaire, ajoute-t-elle, il est difficile de laisser les enfants de deux ou trois ans se débrouiller tout seuls aux toilettes… En primaire, le fait que les toilettes ne soient souvent accessibles que pendant les récréations, alors que les enfants préfèrent jouer, pose aussi problème d’autant que tous les enseignants ne permettent pas aux enfants de se rendre aux toilettes seuls en dehors de ces moments.

Libre accès

Au collège, c’est moins le libre accès aux sanitaires qui pose problème (bien qu’ils soient parfois fermés pendant les récréations…), que leur état sur le plan de l’hygiène (propreté insuffisante, absence de papier toilette) et le sentiment d’inconfort ou d’inquiétude (fermeture des portes déficiente, manque d’intimité, faible surveillance) . Mais là encore, il n’est pas imaginable de poster un surveillant devant chaque bloc sanitaire…

Quelle que soit la raison, les enfants se retiennent d’uriner ou d’aller à la selle durant la journée. Avec à la clé souvent des sensations de malaise, des maux de ventre voire des difficultés de concentration et, parfois, des conséquences médicales. « Les personnes habituées à contracter leur périnée pour se retenir, indique le Pr Besson,  finissent par ne plus être capables de se décontracter suffisamment pour vider complètement leur vessie », ce qui les expose davantage au risque d’infections urinaires dont la répétition présente un risque, à terme, pour leur fonction rénale. La constipation chronique est également fréquente.

Pour le Pr Rémi Besson, les parents d’élèves sont les mieux placés d’une part pour s’intéresser à cet aspect de la santé de leurs enfants et d’autre part pour demander à ce que ce problème, relativement tabou, soit pris en compte dans les établissements scolaires. La FCPE du nord a mis en place un groupe de travail « santé, hygiène et restauration » mais Catherine Boutté observe que ces questions sont souvent traitées localement, dans les établissements, lors des conseils d’administration ou d’école. Pourtant, le problème est bien plus large, comme le soulignait l’année dernière le rapport de l’ONS. Il préconisait par exemple la mise en place d’une semaine nationale de campagne sur le bon usage des espaces collectifs dans les établissements scolaires mais aucune n’a eu lieu pour l’instant.

Inconfort

Le traitement du problème et la mise en place de mesures se déroulent donc, de fait, à une échelle essentiellement locale. « Les établissements ont du mal à se saisir de cette question des sanitaires » soulignaient les auteurs du rapport mais des initiatives existent. Dans certains établissements, des moments de réflexion sont organisés avec notamment les personnes chargées du nettoyage. Ici ou là les élèves peuvent être amenés à l’entretien des sanitaires. Des travaux en groupes ou des forums de discussion aboutissent à la rédaction de charte d’utilisation des toilettes ou à des travaux pédagogiques qui peuvent bénéficier d’aides financières spécifiques. Des efforts sont aussi réalisés lors de travaux sur les sanitaires pour les rendre plus confortables et plus facilement surveillables. Des projets peuvent aussi être menés via les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté, les commissions hygiène et sécurité et les conseils de la vie lycéenne. Un vaste chantier, certes, mais qui ne peut plus rester invisible car les problèmes de santé des enfants auxquels il répond ne peuvent relever de la fatalité.

Géraldine Langlois