Psylab : la psychiatrie illustrée par le cinéma | Hubsante – Promotion de la santé en Hauts-de-France

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Une interview de la schizophrénie, un décryptage du film Vice versa sur les émotion, la descriptions de grandes expériences de psychologie, un pour/contre l’hypnose… les vidéos de Christophe Debien, psychiatre au CHRU de Lille, et Geoffrey Marcaggi, psychiatre hospitalier en Guadeloupe, explorent le continent des sciences de l’esprit d’une façon toute personnelle. Leur style, qui emprunte à leur passion commune pour le cinéma, à celle de l’un pour les séries et les jeux vidéos et à celle de l’autre pour l’humour potache, décape le genre et attise la curiosité. Rien à voir avec des exposés pompeux ou des cours filmés.

Ton décalé

Leur objectif : rendre accessibles les questions de psychiatrie et de psychologie pour donner aux gens les moyens de comprendre ce qui leur arrive ou arrive à une personne qu’ils côtoient et de faciliter leur accès aux soins. « Les gens ont tellement peur de la psychiatrie ou la comprennent si peu qu’ils ne viennent pas consulter, déplore Chris. La dimension de prévention (de ces vidéos, NDLR) est centrale. » Le traitement des sujets dédramatise les troubles (« on n’est pas schizophrène, on souffre de schizophrénie ») ainsi que les professionnels que peuvent rencontrer les patients : les psys Chris et Jeff portent des t-shirts marrants et parlent comme vous et moi…

Ils choisissent leurs sujets au feeling. Des sujets en lien au début, surtout, avec leur domaines d’expertise, le suicide et le psychotrauma pour Chris, par exemple. Cela a notamment donné lieu à une analyse du film « Valse avec Bachir », qui raconte les difficultés d’un soldat israélien à vivre avec ses souvenirs refoulés. Ils interviewent dans deux autres vidéos un spécialiste du sujet. D’autres épisodes traitent des grandes expériences psychologies sociale des années 1970, des psychothérapies, de « l’hystérie », des « psychopathes » et « sociopathes »… Chris et Jeff n’ont pas (encore) traité de la dépression mais prévoient des vidéos sur l’usage des médicaments en psychiatrie, le terrorisme, l’addiction sexuelle…

Un large éventail de sujets

« Quand l’un de nous deux a une idée, il écrit un script complet, l’envoie à l’autre et il est responsable de l’épisode et du montage, explique le psychiatre lillois. L’autre formulera ses remarques et apportera des modificationsau fur et à mesure. On tourne chacun de notre côté. » A des milliers de kilomètres de distance.

La vidéo qui a attiré le plus d’internautes démonte les idées reçues sur lesuicide. « C’est la plus didactique, observe Chris. « Ce qui nous a frappés, c’est que cette vidéo a atteint les jeunes, qu’on n’arrive pas à toucher par les campagnes de prévention ». Au départ, les deux psychiatres-vidéastes (Christophe écrit aussi des romans…) voulaient s’adresser aux externes de leur spécialité (d’où, peut-être, l’emploi d’un humour parfois cru). Mais c’est d’abord le grand public qui a été conquis par leurs vidéos, puis de nombreux étudiants en psychologie et des associations de patients. Externes et internes de psychiatrie s’y intéressent de plus en plus… Les retours, dans la partie « discussion » de la chaîne ou les commentaires des vidéos sont très positifs.

Revue de littérature

Il faut dire les deux “réalisateurs” réalisent pour chaque « épisode » une revue de la littérature scientifique sr le sujet traité et citent leurs sources, comme tout bon professionnel. Pas question pour eux de brader le sérieux du fond au profit de l’attractivité de la forme. Malgré ce traitement original des sujets (testé auprès de leurs proches), ils s’efforcent tous les deux de rester neutres et y parviennent plutôt bien.

Moins de deux ans après sa création, leur chaîne réunit en tout cas 36000 abonnés : un beau résultat pour un projet qui ne fait aucune publicité (mais se préoccupe tout de même de son référencement). « Je ne pensais pas qu’on aurait un tel succès », commente Chris avec plaisir. Une belle récompense aussi pour ces deux passionnés qui consacrent beaucoup d’énergie, de créativité et une bonne partie de leur temps libre à cette aventure.

Géraldine Langlois