[Témoignage] Le soutien à l'allaitement maternel peut encore progresser | Hubsante – Promotion de la santé en Nord Pas de Calais

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Florie, médecin généraliste et maman depuis peu, a souhaité allaiter au sein son bébé. Elle a constaté, en ce début 2016, que les professionnels sont généralement peu formés sur le sujet et que l’entourage des jeunes mères n’est pas toujours aidant dans une société où l’allaitement n’est pas encore vraiment la norme. Elle raconte à Santé autrement magazine son expérience, qui mêle son vécu de mère et son regard de médecin.

Santé autrement magazine : « Avez-vous eu l’impression que vos interlocuteurs durant votre grossesse vous ont donné des informations utiles sur l’allaitement?

Florie : Je n’ai pas vraiment eu de bons interlocuteurs concernant l’allaitement durant ma grossesse, du moins en ce qui concerne les interlocuteurs “classiques”. Les gynécologues-obstétriciens n’ont pas le temps durant les consultations prénatales et ce n’est pas dans leur domaine de compétence. Ils ont déjà beaucoup à gérer (chirurgie, obstétrique, suivi contraceptif, cancérologie, etc.) et ne se forment pas ou peu sur l’allaitement, qui relève plus du domaine postnatal. C’est dommage car c’est le moment où les mamans prennent leur décision : sein ou biberon ?

SAM : Et à la maternité ?

F. : La qualité de prise en charge de l’allaitement est très variable dans les maternités. Le Nord a la chance de posséder quelques maternités labellisées “amies des bébés” (IHAB) qui sont censées être plus compétentes sur le sujet. Mais globalement les maternités, où tout se joue pour le démarrage de l’allaitement, sont peu formées et on y donne parfois de mauvais conseils. A défaut de formation, le personnel soignant, essentiellement féminin, peut avoir tendance à répondre aux questions des mamans selon son propre vécu et ses propres croyances, ce qui n’est ni adapté ni suffisant.

SAM : Avez-vous été aidée par des professionnels à votre retour à la maison ?

F. : La mise en place des visites de sages-femmes à domicile (via le dispositif PRADO) est une bonne chose pour le suivi de l’allaitement dans ses débuts au domicile. C’est très positif de ne pas se retrouver seule à domicile avec des questionnements sur son allaitement.

Les pédiatres sont quant à eux vite stressés par ce domaine qu’ils ne peuvent contrôler pleinement (il n’y a pas de quantité ni de composition…). Ils sont aussi assez peu formés je pense dans leur cursus, centré sur le pathologique et moins sur le physiologique. En cas de souci (mauvaise prise de poids par exemple), l’allaitement est souvent la première chose remise en question. Parce que cela semble « plus simple », on nous propose de donner une préparation pour nourrisson et d’observer si les choses s’améliorent. L’allaitement en pâtit.

SAM : Votre entourage a-t-il été de bon conseil ?

F. : L’entourage familial a des souvenirs souvent trop lointains et il est parfois peu encourageant. Les questions comme « Tu es sûre d’avoir assez de lait ? Ton bébé mange encore? Il doit avoir faim… » ne sont pas aidantes. Les croyances populaires se mêlent au discours : on nous dit qu’il ferait ses nuits avec un biberon,  ce qui atteint vite le moral des parents fatigués et démunis. Les amies, pour peu qu’elles ne soient pas pro-allaitement et qu’elles aient un vague sentiment de culpabilité qui les taraudent, parce qu’on confond souvent ne pas allaiter et être une mauvaise mère, sont parfois blessantes. J’ai personnellement entendu des réflexions comme « Tu vas allaiter ? Tu es pourtant une femme active » ou « Ah non, moi je ne suis pas une vache à lait! » ou encore « L’allaitement? Non merci, la liposuccion des seins ce n’est pas pour moi ». Le tout ponctué de phrases montrant combien il est plus simple de donner le biberon… La meilleure motivation est venue d’amies qui ont allaité récemment voire au même moment que moi et avec qui j’ai pu échanger sur ce sujet, sur les réflexions de l’entourage, les techniques, les doutes et les angoisses.

SAM : En tant que professionnelle de santé, avez-vous le sentiment que votre formation est suffisante sur l’allaitement? 

F. : La formation des médecins généralistes est quasiment inexistante sur ce sujet. Il existe juste un Diplôme interuniversitaire de lactation humaine et allaitement maternel, peu connu des généralistes. Un médecin intéressé doit donc actuellement suivre une formation en plus de son cursus classique afin de maîtriser le sujet a minima. Dans le cas contraire il se servira simplement de son expérience personnelle, ou de ses recherches, pour répondre aux questions de sa patientèle. 

En dehors de l’idée globale selon laquelle « L’allaitement, c’est la norme, ça apporte des anticorps et de justes apports nutritionnels au nourrisson et prévient des problèmes de santé publique tels que diabète, obésité, etc. », que j’ai retenu de mes études, je ne savais pas grand-chose sur le sujet. Mon passage en tant qu’interne dans une maternité IHAB à Tourcoing, aidante avec les mamans allaitantes, a éveillé ma curiosité, et lors d’un stage en PMI j’ai rencontré une consultante en allaitement très au fait de la question. Elle est une mine de connaissances exceptionnelle et m’a ouvert les yeux sur les apports de l’allaitement non seulement sur la santé de la mère et du bébé mais aussi dans la création du lien affectif entre eux.

SAM : Après la naissance, avez-vous ressenti le besoin d’avoir des informations ou du soutien à l’allaitement ? Où les avez-vous trouvés ?

F. : Le congé maternité est honteusement court en France. Il faut pouvoir créer du lien dans des débuts parfois difficiles, mettre en place un allaitement et réussir à le faire perdurer, le tout en deux mois et demi… Les premières semaines ne sont pas aisées mais les instants magiques de l’allaitement, le contact et l’apaisement qu’il procure, sont un secret merveilleux de développement de la parentalité. Par le biais de la consultante en allaitement que j’avais rencontrée et d’une amie ayant eu des soucis dans le démarrage de son allaitement, j’ai eu connaissance des réunions organisées par La Leche League. Elles regroupent des femmes nouvellement mamans qui s’interrogent autour des mêmes problématiques et doivent affronter les mêmes croyances et réflexions de leur entourage. On y apprend qu’il est important de s’écouter et de persévérer.  Les premières semaines ne sont pas faciles mais ensuite, c’est tellement plus simple ! Pas de biberon, de préparation en poudre ni de chauffe-biberon à transporter !  En plus du réconfort qu’on peut y trouver, ces rencontres apportent quantité de trucs et astuces sur la parentalité qu’on ne trouve pas dans les livres. Des aides précieuses au quotidien, de mamans à mamans. »

Propos recueillis par Géraldine Langlois

Les mères des départements de la région Hauts de France allaitement moins fréquemment leurs nouveau-nés au sein que la moyenne nationale. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) indique dans son numéro d’Etudes et résultatsd’avril 2016 – les données compilées les plus récentes – que 66% des nourrissons étaient allaités à la naissance en France en 2013. Un chiffre stable depuis une dizaine d’années, après une période d’augmentation (mais la France affichait un retard important en la matière). Cependant la durée de l’allaitement reste assez courte : le taux chute à 40% en moyenne à 11 semaines, 30% à 4 mois et 18% à 6 mois. Les Hauts de France se situent bien en deçà de ces chiffres également :

Taux d’allaitement à la naissance (moyenne nationale : 66%)

Taux d’allaitement à 10 semaines ou plus (moyenne nationale : 40%)

NORD

60%                       

51e sur 99

32%

66e sur 99

OISE

57%

70e sur 99

33%

60e sur 99

SOMME

48%

96e sur 99

26%

89e sur 99

AISNE

46%

98e sur 99

21%

97e sur 99

PAS DE CALAIS

44%

99e sur 99

21%

98e sur 99