L’e-santé comble-t-elle les inégalités ? | Hubsante – Promotion de la santé en Nord Pas de Calais

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Il faut tout d’abord préciser ce que l’on entend par e-santé pour en définir l’impact en matière de prévention et d’éducation pour la santé.

Si l’e-santé est entendue comme étant l’usage des technologies de l’information et de la communication menant à des dispositifs préventifs et/ou éducatifs innovants, on perçoit aisément les avantages : communication multi-supports, messages « customisés »… Une communication qui, grâce aux TIC, atteindra sa « cible » de manière plus efficace. Le danger est de mettre le paquet sur le contenant au détriment du contenu, le message préventif/éducatif.

Si l’e-santé est entendue comme l’usage d’internet, que ce soit par les patients ou par les professionnels de santé, il s’agit alors de mesurer l’impact d’une information plus accessible, à disposition de tous, grâce à l’internet et aux supports mobiles. Ce qu’apporte ce nouvel environnement informationnel à la prévention et à l’éducation pour la santé, c’est une relation entre patients et professionnels plus complète car partenariale.

La plus-value est autant pour le patient – en mesure de discuter et de faire un choix éclairé, avec la possibilité aussi de s’opposer au professionnel et à ce qu’il propose au patient – que pour le professionnel qui peut instaurer une relation de confiance renforcée avec le patient.

Le danger est de ne pas percevoir que nous sommes inégaux devant l’information santé.

Être informé et recevoir les messages préventifs et éducatifs n’est pas qu’une condition d’accès à l’information. Il s’agit de disposer, au-delà de la connexion internet et du support technologique adéquat, d’un bagage nécessaire pour appréhender l’information, la comprendre, exercer un esprit critique…

Ne pas reconnaître ces différences, ancrées socialement, peut mener à creuser davantage les inégalités de santé. Il est donc indispensable de pouvoir faire de la prévention et de l’éducation pour la santé, certes s’appuyant sur des moyens technologiques innovants et pleinement en phase avec l’ère numérique, mais en considérant la diversité de la population et en s’adaptant aux réalités du terrain.

2/ Etes-vous d’accord avec la notion d’empowered patient (pouvoir d’agir du patient) permise par le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ?

L’empowerment renvoie à une posture nouvelle du patient. Les Québécois traduisent l’empowerment par « pouvoir d’agir » : l’« empowered » patient est en effet celui qui dispose des ressources suffisantes pour, de manière éclairée, faire les choix concernant sa santé.

Le patient informé et l’« empowered » patient sont souvent confondus : s’il est vrai que pour exercer un pouvoir d’agir, il est nécessaire de disposer de l’information utile, être informé ne suffit pas.

Il faut donc faire attention : l’ère numérique n’engendre pas automatiquement des patients plus autonomes, « empowered ».

Ce qu’a permis l’e-santé, c’est rendre davantage visible un phénomène moins récent du côté des patients et des associations de patients, qui est la revendication de devenir partenaires de la relation de soins.

En matière de prévention et d’éducation pour la santé, ce qu’apporte avant tout l’e-santé, c’est l’accessibilité de l’information et la possibilité pour le patient d’exercer un sens critique vis-à-vis des professionnels. Cela ne signifie pas nécessairement une « opposition à », mais une responsabilité choisie.

Interview de Joëlle Kivits, maître de conférences en sociologie, école de santé publique – EA 4360 Apemac, Université de Lorraine