La médecine générale face à l’essor des réseaux sociaux de santé | Hubsante – Promotion de la santé en Nord Pas de Calais

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Le développement des réseaux sociaux de santé s’inscrit dans la mutation des rapports médecin-patient induite par la remise en cause du modèle paternaliste de la profession médicale. Un ensemble de facteurs a contribué ces dernières décennies à porter préjudice au mandat de la profession : l’essor d’un individualisme et du mouvement de mise en question des rapports traditionnels d’autorité – médicale comprise, la multiplication d’affaires de santé publique et l’épidémie du sida a pour sa part favorisé l’émergence de mouvements de malades qui ont contribué à mettre en discussion les pratiques de soin et à redéfinir la place des patients.

De l’information tout azimuts

En promouvant la démocratisation de l’accès à l’information, les réseaux sociaux de santé émergent dans un contexte en faveur du droit et de l’autonomie du patient. Leur essor peut être perçu comme un phénomène qui ébranle le monopole du savoir détenu par un groupe d’individus et contribue en ce sens à remettre en cause la démarcation entre savoirs experts et savoirs profanes.

Fondé jadis sur l’ensemble des expériences acquises par les patients, le savoir profane est désormais lesté par des informations médicales devenues aisément accessibles. Le recours à ces dernières via internet intègre et complète désormais le processus qui amène les individus à consulter un professionnel de santé.

Les généralistes en première ligne

Dans la mesure où ils constituent le premier recours du système de soins, les médecins généralistes se montrent particulièrement exposés au développement de l’e-santé. C’est pourquoi, nous avons tenté de mesurer les conséquences de son usage par les patients sur l’exercice de la médecine générale et de rendre compte de son éventuelle relativité à partir de l’expérience singulière des praticiens. Quinze entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de généralistes d’âge et de lieu d’exercice variables au sein de la région Franche-Comté.

Les éléments de réponse obtenus démontrent que le recours à internet pour des problèmes de santé, tel qu’il se présente aujourd’hui, sera un élément constitutif de l’exercice de la médecine générale au cours des prochaines années.

Prenant sa forme la plus caractéristique au sein des pôles urbains, ce phénomène fait l’objet de variations dans son intensité et dans ses manifestations en milieu rural.

Néanmoins, la diffusion spatiale des nouveaux moyens de communication démocratise l’accès à l’information et tend à homogénéiser les comportements des individus à l’égard de l’e-santé.

Que devient la relation soignant-soigné ?

Par ailleurs, sans ébranler la légitimité des praticiens, la relation de soin n’en reste pas indemne pour autant.

En témoignent les difficultés éprouvées par le médecin pour renverser les représentations dont disposent certains patients concernant leurs problèmes de santé.

Cependant, dans la mesure où cela favorise l’échange et le dialogue, et bien qu’ils ne soient pas favorables au recours à internet, la présentation d’arguments étayés en consultation lorsqu’ils sont jugés pertinents n’est pas vécue comme quelque chose de contraignant par les praticiens, à l’exception des plus âgés qui portent un jugement négatif sur ce phénomène émergent pour leur pratique.

L’âge, à ce titre, conditionne largement le rapport à l’e-santé, à la fois dans les usages, dans la sensibilité vis-à-vis des revendications des patients et du nouveau rapport au savoir qui découle de la révolution numérique. Ce constat suppose l’idée selon laquelle l’appréhension des médecins généralistes à l’égard de cette question tendra à se généraliser par le renouvellement générationnel que rencontrera la profession au cours des prochaines années.

David Bully – Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA) de l’Université de Franche-Comté- EA3189

Pour en savoir plus

Bully David, « L’exercice de la médecine générale face à l’essor des réseaux sociaux de santé », Sociologies pratiques, 2013/2 n° 27, p. 175-176.