Les systèmes d’aide à la décision médicale | Hubsante – Promotion de la santé en Hauts-de-France

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Les connaissances médicales sont devenues de plus en plus nombreuses au fil des années avec les progrès de l’imagerie, le développement des tests biologiques, la mise sur le marché régulière de nouveaux médicaments ou autres procédures thérapeutiques. La mémoire humaine est limitée et le médecin ne peut avoir en tête l’ensemble des connaissances médicales dont il a besoin pour sa pratique quotidienne. De ce fait, une prise en charge des patients respectant les bonnes pratiques cliniques telles qu’elles sont énoncées dans les guides diffusés par les agences nationales comme la Haute autorité de santé (HAS), nécessite que le médecin soit outillé pour réaliser ces tâches complexes. C’est le but des systèmes d’aide à la décision informatisés médicaux qui occupent de nombreux chercheurs en e-santé depuis de nombreuses années maintenant.

Le développement de tels systèmes apparaît d’autant plus crucial que de nombreuses études sont publiées chaque année qui font état d’erreurs fréquentes dans la prise en charge des patients.

Les systèmes d’aide à la décision diagnostique

Il y a plusieurs moyens plus ou moins complexes pour aider le médecin qui a interrogé son patient, l’a examiné et qui n’arrive pas à conclure sur l’origine de ses troubles :

  •     Suggérer un ensemble de diagnostics possibles en mettant en exergue les plus probables
  •     Proposer la prescription de certains examens complémentaires permettant d’enrichir les signes cliniques d’un ensemble de signes positifs ou négatifs d’imagerie (ultrasonographie, radiologie…) ou de biologie (dosages sanguins, urinaires…).
  •     Une fois arrivé à une première étape diagnostique (par exemple une anémie) montrer au médecin sous forme d’arbres de décision les différentes étapes à franchir pour arriver à la maladie responsable
  •     Pour les maladies chroniques, générer des tableaux de bord interactifs, susceptibles d’aider le médecin dans le suivi des pathologies, la recherche des complications (par exemple pour les patients atteints de diabète de type 2)
  •     Enfin, plus simplement pour les patients pris en charge régulièrement par un médecin pendant plusieurs années, générer des résumés notamment graphiques, faciles à interpréter de leurs historiques médicaux

Le domaine est loin d’être à maturité car nombre de prototypes développés dans des laboratoires de recherche ne sont pas utilisés. Une recherche est encore nécessaire pour ancrer dans la pratiques de telles aides informatisées.

Les systèmes d’aide à la décision thérapeutique

Les principales recherches ont porté sur le développement des systèmes d’aide à la prescription des médicaments et d’aide à la stratégie thérapeutique.

Les systèmes d’aide à la prescription sont maintenant présents dans la plupart des logiciels de gestion de cabinets médicaux et dans les systèmes d’information hospitaliers. Leur architecture comprend un moteur qui communique avec un dossier patient informatisé et une base médicaments. Le médecin interagit avec le système par l’intermédiaire d’une interface utilisateur.

Le médecin saisit le nom du médicament qu’il veut prescrire en le sélectionnant dans une liste préétablie par nom commercial ou dénomination commune internationale, ainsi que la posologie souhaitée. Le logiciel effectue alors instantanément un certain nombre de contrôles, en utilisant les données stockées dans le dossier médical du patient pour vérifier que le médicament prescrit n’est pas contrindiqué du fait de ses éventuelles allergies, antécédents ou pathologies, qu’il n’y a pas d’interactions médicamenteuses graves avec d’autres traitements. La dose prescrite peut aussi être contrôlée par le systèmes qui utilise alors  les caractéristiques staturo-pondérales du patient, de même que la présence d’une grossesse,  d’une insuffisance rénale ou hépatique.

Le système génère des alertes  s’il a détecté des problèmes. Le médecin peut alors rectifier son ordonnance ou passer outre. Une fois l’ordonnance validée, elle est archivée dans le dossier informatisé du patient et peut être imprimée pour celui-ci. Elle est alors parfaitement lisible et contient souvent des conseils d’utilisation laborieux à rédiger à la main.

Les systèmes d’aide à la stratégie thérapeutique visent à aider le médecin dans le choix des bons médicaments à prescrire alors que les systèmes d’aide à la prescription sont seulement destinés à sécuriser la prescription d’un médicament donné. Ils sont actuellement moins développés que les précédents et sont orientés vers l’informatisation des guides de bonnes pratiques cliniques diffusés par les agences nationales et internationales.

On peut encore attendre beaucoup du développement de ces systèmes décisionnels qui peu à peu vont faire partie des outils appréciés des médecins dans leur pratique quotidienne et les conduisant à de meilleures prises en charge de ses patients, plus en rapport avec les avancées de la science médicale.

Alain Venot est PU-PH, codirecteur du LIMICS (Laboratoire d’Informatique Médicale Médicale et d’Ingénierie des Connaissances en e-Santé), Unité INSERM 1142 liée aux Université Paris 13 et Paris 6, et chef du département de Santé Publique, Hôpitaux Universitaires de Seine Saint Denis, APHP.

Pour en savoir plus

Séroussi B, Le Beux P, Venot A. L’aide au diagnostic médical. Chapitre 7 et Séroussi B, Bouaud C, Duclos C, Dufour JC, Venot A. L’aide à la décision thérapeutique. Chapitre 8  dans Informatique Médicale, e-Santé : Fondements et applications.  Venot A, Burgun A, Quantin C eds, Springer, Paris 2013 (525 pages)