E-santé. Des initiatives régionales innovantes | Hubsante – Promotion de la santé en Nord Pas de Calais

0

…ou quand la télémédecine améliore les inégalités territoriales tout en simplifiant la permanence des soins

Comment garantir une prise en charge de l’AVC identique sur le Hainaut-Artois, sachant que les hôpitaux n’ont pas tous une unité spécialisée (unité neurovasculaire ou UNV) et que le délai de traitement de l’AVC conditionne le pronostic ? Les centres hospitaliers du territoire – Lens, Maubeuge, Valenciennes *- ont trouvé la réponse : assurer une garde médicale partagée offrant une téléexpertise neurologique et radiologique à leurs services d’urgence, que l’établissement ait ou non une unité de prise en charge dédiée (Unité neurovasculaire).

« Il a fallu convaincre les professionnels qui étaient réticents sur l’idée de décisions médicales à distance, puis beaucoup de travail pour déterminer des protocoles communs. Mais aujourd’hui, la télémédecine fait partie de nos habitudes » explique le Dr Isabelle Girard-Buttaz, chef du service neurologie du Centre hospitalier de Valenciennes. Ce qui en pratique, se traduit par l’accueil d’un patient victime d’AVC par l’urgentiste. Celui-ci prescrit le bilan clinique et l’imagerie (IRM, scanner) nécessaire au diagnostic et au traitement. Ensuite, dans un box de télémédecine dédié où est installé le patient, il communique via audio et vidéo avec le radiologue puis le neurologue- quelque soit leur lieu de garde – qui peuvent consulter à distance les bilans effectués. Leurs deux expertises sont indispensables pour initier le traitement le plus pertinent, et notamment la thrombolyse qui garantit la meilleure récupération si elle est administrée dans les trois heures.

« Auparavant, les patients du territoire éloignés des centres disposant d’une unité neurovasculaire étaient par définition traités plus tardivement et n’avaient donc pas les mêmes chances d’accéder à une thrombolyse» assure-t-elle. Depuis, le nombre de patients thrombolysés a bondi de 85% en 2.5 ans. Ce succès motive aujourd’hui l’Agence régionale de santé à généraliser le dispositif à toute la région. Un véritable enjeu, notamment pour « le littoral et les Flandres, peu équipées en unité neurovasculaire  ». Le projet en est aujourd’hui à la phase de présentation auprès des centres hospitaliers régionaux.

*auxquels se sont ensuite joints Cambrai puis Arras

** Lens, Valenciennes.

Télécardiologie : surveiller et sécuriser les patients à distance

Le CHRU de Lille propose la télésurveillance aux porteurs d’un défibrillateur automatique implantable (DAI). Ce système fiable conforte la qualité du suivi tout en réduisant les coûts.

Certains sujets souffrant de troubles graves du rythme cardiaque se voient implanter un dispositif automatique implantable (DAI). Son principe: envoyer un choc électrique en cas de perturbation du rythme cardiaque potentiellement délétère.

En contrepartie, le patient doit consulter son cardiologue tous les six mois pour vérifier son bon fonctionnement et faire un bilan des évènements cardiaques enregistrés et gérés par le DAI au cours du semestre. Le cas échéant, des réglages sont effectués.

« Depuis 2001, les DAI sont compatibles avec un système de télésurveillance, explique le Professeur Salem Kacet, cardiologue au CHRU Lille.  Grâce à lui, nous pouvons repérer des problèmes de fonctionnement ou encore des évènements cardiaques significatifs dans les 24 heures qui suivent leur survenue. Cela nous permet de contacter immédiatement le patient pour qu’il vienne en consultation ».

Le dispositif est simple : tous les DAI actuels sont développés pour enregistrer et communiquer des données avec une box branchée chez le patient. Cette dernière envoie quotidiennement ses enregistrements à un site internet sécurisé via le réseau mobile. Le cardiologue, lui, consulte tous les jours les données et repèrent celles nécessitant une intervention.

La réactivité qu’apporte la télésurveillance évite souvent au patient de subir des évènements arythmiques ultérieurs. Mais pas seulement : un réglage du DAI s’avère nécessaire dans seulement 15% des consultations classiques programmées semestriellement, mais dans 85% de celles déclenchées à la suite d’une alerte de télésuivi. Les consultations sont donc moins systématiques mais plus justifiées médicalement.

Malgré cet intérêt, seule une poignée d’établissements propose ce suivi dans la région. Avec une file active de 1000 patients, le CHRU Lille fait figure d’exception. En cause, l’absence de financement du télésuivi fait par les cardiologues : « elle permet pourtant de limiter le nombre de consultations à celles qui sont strictement justifiées, en dehors d’une consultation annuelle systématique ». L’économie réalisée justifierait pourtant un effort : selon l’étude dédiée ECOST, elle serait de 250 à 330 euros par patient chaque année.

TélURGE : expertise en neurochirurgie

24 heures sur 24, vingt hôpitaux régionaux peuvent bénéficier d’une expertise neurochirurgicale du Chru de Lille ou du Centre hospitalier de Valenciennes.

Les patients concernés sont ceux qui sont hospitalisés et dont l’état neurologique se dégrade et ceux traumatisés crâniens ou médullaires qui sont reçus dans les services d’urgence de ces établissements. Soit 200 patients par mois environ.

Pour chacun d’eux, les données d’imagerie et les informations patient sont échangées avec le centre expert pour évaluer la gravité de la situation et discuter si, oui ou non, le transfert du patient à ces établissements de recours est pertinent.

TélUrge, né en 1996, permet donc à la fois d’éviter les transferts inutiles mais aussi de mieux préparer ceux qui sont nécessaires.

Loginat : partage de compétences en gynécologie-obstétrique

Depuis 1998, l’hôpital Jeanne de Flandre (CHRU de Lille) tient chaque semaine une visioconférence avec une trentaine de maternités régionales.

Le dispositif, baptisé Loginat, permet d’assurer des réunions à distance entre gynécologues-obstétriciens pour partager des compétences et bénéficier de l’expertise des confrères face à des pathologies maternelles ou fœtales complexes.

Chaque mardi, des praticiens de toute la région peuvent ainsi se connecter, participer et présenter leurs dossiers afin de discuter ensemble de la conduite à tenir. Pour les internes, les praticiens et les chefs de service réunis à cette occasion, le projet est clairement vecteur d’un objectif pédagogique.

Fort de son succès, le dispositif de visioconférence inauguré à cette occasion a été transposé à d’autres domaines thérapeutiques comme l’ophtalmologie ou l’hépato-gastro-entérologie.
 

Télé-imagerie Flandre-Lys : répondre à la pénurie de radiologues

Encore un projet emblématique de la région. Celui-ci est né en 1998. Sa raison d’être est alors dictée par la pénurie de radiologues du Nord – Pas-de-Calais. Les centres hospitaliers d’Armentières, de Hazebrouck et de Bailleul décident alors de former une fédération inter-hospitalière d’imagerie. Son fonctionnement est simple : les radiologues du Centre hospitalier d’ Armentières assurent la permanence des soins en offrant une télé-interprétation des images issus des examens de radiologie des deux autres sites.

Le radiologue assure la permanence en garde ou en astreinte : dans ce cas, il dispose du matériel nécessaire (ordinateur portable et réseau 3G) pour pouvoir consulter les images depuis son domicile.

Au total, ce sont près de 15.000 dossiers qui sont traités annuellement par ce biais.