François Pattou : une transplantation réussie | Hubsante – Promotion de la santé en Hauts-de-France

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« Son ombre traîne encore sur moi », plaisante à moitié François Pattou. Sur un mur blanc de son bureau, le portrait d’un barbu. Celui du professeur Charles Proye, son mentor, son « patron » comme il le nomme.

Pattou a pris sa suite à la tête du service de chirurgie générale et endocrinienne, au centre hospitalier de Lille, en 2005. Le même service où, lors d’un stage avec cet homme « extraordinaire, entier », l’étudiant originaire du Pays basque, peu passionné jusque-là par ses années de médecine, a le déclic : il fera, comme Proye, « de la chirurgie universitaire, dans un service académique ».

En 1989, Proye l’accueille pour son internat. Pattou tient à faire de la recherche, il lui faut un sujet qui colle avec l’activité du service. Deux domaines en vogue l’intéressent : la transplantation du pancréas, pour soigner les diabétiques insulino-dépendants, et la cœlioscopie, une nouvelle technique chirurgicale mini-invasive. Le « patron » tranche : en 1991, il envoie son interne se former un an à Strasbourg, à la Fondation Transplantation.

A l’école de la débrouille

Pattou y découvre la méthode de la greffe du foie, l’expérimentation animale, l’organisation de la recherche appliquée. Et Julie, une étudiante en médecine, américaine, qu’il épousera. Ils reviennent ensemble à Lille, veulent monter un labo de recherche sur la greffe d’une partie seulement du pancréas, les glandes qui sécrètent l’insuline, appelées les îlots de Langherans.

Proye leur dégotte du matériel de récupération, le professeur Jean Lefebvre leur offre « trois mètres carrés » dans son laboratoire d’endocrinologie.

Le couple trouve, à Templeuve, un éleveur de cochons miniatures sur lesquels seront tentées les greffes. Chaque mercredi, ils partent récupérer, « en R5, à 6 heures du matin », des pancréas de cochons à l’abattoir d’Hazebrouck. Au fil des années et de l’obtention de financements, l’équipe s’étoffe : une ingénieure, un vétérinaire, une diabétologue les rejoignent.

Franchir le pas de l’expérimentation sur l’homme

En 1995, ils démarrent l’extraction des îlots de Langherans sur des pancréas humains.

Le « patron », sentant qu’ils n’osent franchir le pas de l’expérimentation sur l’homme, leur fixe un ultimatum : sous la pression, ils procèdent, en 1998, à la greffe d’îlots sur trois patients.

Une première en France, mais les résultats « ne sont pas spectaculaires ».

En 2000, des chercheurs canadiens découvrent un nouveau traitement anti-rejet qui améliore la technique. La même année, contre toute attente vu son jeune âge (34 ans), l’Inserm accepte de confier à François Pattou un laboratoire consacré aux biothérapies du diabète.

En 2010, son équipe crée la greffe par voie intra-musculaire : les glandes du pancréas sont injectées dans l’avant-bras, sans besoin d’intervention chirurgicale.

Quand le succès vient d’ailleurs

En parallèle, le service hospitalier développe, au début des années 2000, une activité de chirurgie de l’obésité.

Elle consiste « à modifier l’anatomie, à bouger les tuyaux pour que le patient mange moins ».

Avec une conséquence inattendue : l’opération guérit certains patients de leur diabète dit de type 2, maladie fréquente chez les personnes atteintes de surpoids. Pour comprendre les mécanismes de ces guérisons, le labo ouvre alors une deuxième ligne de recherche : la chirurgie comme traitement du diabète.

L’impact sur le service est énorme : alors qu’une dizaine de greffes d’îlots sont réalisées chaque année, la chirurgie de l’obésité concerne 250 patients par an. « Notre boulot maintenant est de comprendre pourquoi cette chirurgie fonctionne chez certains diabétiques et pas d’autres. »

Grâce aux patients qui acceptent d’aider la recherche, le labo a constitué une collection « unique au monde » de prélèvements (tissus, sérums, cellules) sur plus de 1000 diabétiques. « Nous avons la chance d’être dans une région où les gens déménagent peu : nous suivons ces personnes depuis plus de 5 ans, nous savons tout sur eux et leur famille. »

Une manne pour la recherche génétique, qui permettra peut-être de percer les secrets du diabète et de trouver de nouveaux traitements.

Bibliographie

François Pattou est âgé de 46 ans. Il est professeur de Chirurgie Générale à la Faculté de médecine de l’Université Lille 2 depuis 2002 et Chef du Service de Chirurgie Générale et Endocrinienne au CHRU de Lille depuis 2005.

Il dirige depuis 2001, l’UMR 859 «Biothérapies du diabète », une équipe de recherche déjà labélisée à trois reprises par l’Inserm.

François Pattou est aussi l’un des co-fondateurs de l’Institut de Recherche « European Genomic Institute for Diabetes » (E.G.I.D.), une structure unique en France.

Depuis 20 ans, les recherches de François Pattou portent sur le développement de nouveaux traitements interventionnels du diabète et des maladies métaboliques, et notamment sur la thérapie cellulaire pour le diabète de type 1 et la chirurgie métabolique pour le diabète de type 2.

François Pattou a obtenu plus de 30 contrats de recherche auprès d’institutions françaises et internationales.

Ces travaux de recherche ont donné lieu à plus de 200 publications internationales et trois brevets internationaux.

François Pattou a reçu plusieurs récompenses dont le Grand Prix de l’Académie de Médecine pour ses travaux sur la thérapie cellulaire du diabète. Il coordonne actuellement cinq essais cliniques portant notamment sur le traitement chirurgical du diabète de type 2 et de l’obésité.